Un fauteuil sur la chaussée
15 Septembre 2004
Les handicapés et la route

Il y a en France environ 4 millions de handicapés. Mais si certaines d’entre elles nécessitent une aide permanente, sont hospitalisées ou confinées dans un lit, la majorité peut se déplacer seule et même conduire un véhicule, pour peu qu’il soit équipé.
Alors qu’un nouveau projet de loi doit prochainement être discuté, Zérotracas.com consacre quelques lignes à ces usagers de la route… destinées surtout à tous ceux et celles qui les côtoient.
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"Au volant, à certains moments, nous sommes tous des handicapés ; le conducteur distrait, inexpérimenté, âgé ou fatigué se crée un handicap. C'est pourquoi le citoyen atteint d'un handicap moteur ou sensoriel n'est pas à ranger dans une catégorie à part. Il est primordial que notre société propose des infrastructures adaptées à tous, et des règlements qui permettent une vraie liberté de déplacement. Ce n'est malheureusement pas le cas. |
Il y a en France environ 4 millions de handicapés. Ce terme regroupe des populations très disparates et atteintes à des degrés très divers : handicapés moteur, mental, sensoriel (sourd et aveugle) ou personnes souffrant de troubles psychologiques.
Mais si certaines d’entre elles nécessitent une aide permanente, sont hospitalisées ou confinées dans un lit, la majorité peut se déplacer seule et même conduire un véhicule, pour peu qu’il soit équipé.
Alors qu’un nouveau projet de loi doit prochainement être discuté, Zérotracas.com consacre quelques lignes à ces usagers de la route… destinées surtout à tous ceux et celles qui les côtoient.
Notre société – qui n’est pas la pire – est bien cruelle pour les personnes handicapées : lieux publics et transports inadaptés, accès au travail et à l’école difficile, faiblesse des allocations, culte de la performance qui relèguent souvent les handicapés à des citoyens de seconde zone.
Pourtant des efforts sont faits par les pouvoirs publics. Mais ils resteront vains tant que le regard et le comportement des « autres » ne changeront pas.
Alors, quelles que soient vos raisons, ne vous garez pas sur une place réservée.
Une nouvelle loi.Avec le cancer et la violence routière, les handicapés devait être le troisième grand chantier du quinquennat du Président Chirac. Attendu par des millions de personnes, le projet de loi sur « l’égalité des droits et des chances » a un peu déçu les associations. Elles considèrent qu’il s’agit plus d’aide que de droit, et que cette nouvelle loi, faisant suite à celles de 1975 et de 1987, ne changera pas grand-chose à l’impitoyable réalité des handicapés.
En ce qui concerne la conduite et les déplacements, le projet de loi prévoit une meilleure accessibilité aux transports (mais pas le métro à Paris) et des aides spécifiques pour l’équipement des voitures (assistances diverses, aménagement pour fauteuil roulant, modification des commandes, etc.) et même des motos, puisqu’il est possible de regrouper au guidon tout ou partie des commandes d’une motocyclette.
La loi ne modifie en rien le permis de conduire pour les handicapés physiques. Il s’agit du même que pour tout le monde, à la différence près que sa durée est limitée, sauf dans le cas où l’infirmité est stabilisée. Pour être valide, le permis doit être assorti de l’avis favorable de la commission médicale départementale, et le véhicule doit évidemment être adapté au handicap de son conducteur.
Voie presque publique.Même s’ils estiment – souvent à juste titre – être victimes de discriminations, les handicapés sont sur la voie publique soumis aux mêmes droits et devoirs que n’importe qui. Ainsi, ils sont piétons sur le trottoir, cyclistes sur une piste cyclable, usagers dans les transports et automobilistes au volant d’une voiture.
Évidemment, leur handicap nécessite que les pouvoirs publics et privés mettent en place quelques aménagements. Feux parlants et bandes rugueuses podotactiles pour les aveugles, passages de trottoir surbaissés et planchers des bus au niveau du sol pour les personnes en fauteuil, etc.
Mais ces investissements sont coûteux et encore très marginaux. Combien de rues un non-voyant peut-il traverser en toute sécurité ? Combien de cinémas et de centres commerciaux sont accessibles à un tétraplégique ? Dans combien de bus peut-il grimper ?
D’énormes progrès restent à accomplir en la matière – près de 12000 mairies sont inaccessibles en fauteuil -, et cette absence de volonté politique est l’une des grandes critiques que les associations de handicapés adressent à la nouvelle loi.
Stationnement interdit.Mettons que, plus grâce à sa fortune personnelle qu’aux maigres aides qu’on lui attribue, une personne handicapée ait pu équiper son véhicule. La voilà presque libre de ses déplacements. Mais pas de ses arrêts !
Certes les villes de plus de 5000 habitants doivent réserver une place sur cinquante, équitablement réparties, aux personnes handicapées. Signalées par le logo du fauteuil roulant, ces places ne sont autorisées qu’aux véhicules munis d’un autocollant signalant la particularité de son conducteur.
Mais c’est sans compter sur l’endémique problème du stationnement des grandes villes et surtout de l’incivisme chronique de beaucoup de personnes valides.
Quand on doit s’arrêter « Juste cinq minutes » et que la place « handicapé » est la seule vacante, il est tentant d’oublier sa bonne conscience en sautant sur l’aubaine.
Certes, la faute est passible d’une amende (135 €, majorée à 375 € à défaut de paiement dans les 30 jours) et d’une mise en fourrière. Mais le rapport coût-avantage cyniquement évalué par l’automobiliste valide peut jouer en défaveur des handicapés. Leurs associations demandent d’ailleurs qu’un tel comportement soit puni d’un retrait de point, ce à quoi le législateur rechigne.
Le vrai problème est ailleurs. Même à 1000 €, il y aura toujours des égoïstes pour se garer où il ne faut pas. Il suffit pourtant de réfléchir quelques instants au quotidien d’un handicapé pour ne pas commettre cette bourde. D’avance merci.
Conclusion : tous citoyens.Dans ce domaine, comme dans presque tous ceux qui touchent à la route, on imagine aisément que le respect mutuel est la clé du progrès.
Et que tous ceux qui n’en sont pas convaincus apprennent qu’en France, 150000 conducteurs ont une vue insuffisante pour prendre la route. Ces derniers ne se sentent pas handicapés, mais pourraient le devenir : 20% des responsables d’accidents souffrent d’une déficience visuelle, souvent non ou mal corrigée. Et pourtant, tenu par le secret médical, un médecin ne peut pas signaler un patient inapte à la conduite.
Pour en revenir aux handicapés « officiels », le transport, individuel ou collectif est un élément essentiel de l’insertion. Il facilite ou rend possible le travail, la vie sociale, familiale ; il permet de grappiller un peu de cette liberté perdue et de retrouver un équilibre.
Alors, faute de savoir manier les arcanes des pouvoirs publics, comportons nous en vrais citoyens et laissons un peu de place à ceux qui en ont besoin.












