Médicaments et conduite
22 Mars 2004
Ne pas dépasser la dose prescrite

« 2 comprimés de ceci, 3 pilules de cela, un sirop, et dans quelques jours, ça ira mieux ». Quand un médecin promet à son patient de le remettre sur pied, il omet souvent de lui préciser que cela ne veut pas dire « sur roues ». En effet de nombreux médicaments ont des effets secondaires incompatibles avec la conduite d'un véhicule : somnolence, vertiges, nausées, etc.
Après vous avoir mis en garde contre l'alcool et la drogue, Zérotracas.com nous alerte ce mois-ci sur les dangers des médicaments au volant.
![]() |
« Même s'il est moins dangereux que l'alcool ou les drogues, le mélange médicaments-volant est à prendre en compte, ne serait-ce que parce qu'il est plus facile à prévenir. Les médecins ont évidemment un rôle important à |
Selon les études, 5 à 7% des accidents mortels mettent en cause des médicaments ; c'est certes moins que l'alcool et les drogues, mais suffisamment pour qu'on s'intéresse au sujet. D'autant que 12% des Français consomment régulièrement des médicaments psychotropes : record mondial !
Qu'ils soient calmants ou stimulants, ces produits agissent sur le psychisme et modifient la vigilance, la perception et la coordination. Mais les psychotropes ne sont pas les seuls produits dangereux au volant. De banals anti-douleurs peuvent devenir de redoutables somnifères lors d'un long trajet, et particulièrement s'ils sont associés à un ou deux verres d'alcool.
Pas de panique toutefois : il est possible de conduire en soignant sa maladie. Mais, comme à chaque fois qu'on prend le volant, il convient de faire attention et surtout de ne pas associer alcool et médicament.
Triangle rouge
En France, près de 1500 médicaments font l'objet dans leur notice et le Vidal (l'annuaire des médicaments) d'une mention concernant la conduite automobile. Mais ces mentions, souvent incomplètes ou imprécises, sont noyées dans le flot des contre-indications. Conséquemment, elles ne hiérarchisent pas suffisamment la dangerosité du médicament : un puissant antidépresseur peut avoir le même texte de précaution qu'un antiallergique faiblement sédatif.
Depuis 1999, l'emballage des médicaments incompatibles avec la conduite s'est orné d'un magnifique triangle rouge enserrant une voiture noire. Mais ce logotype, facilement identifiable et compréhensible, est aujourd'hui
victime de son succès.
En effet, en vertu du principe de précaution appliqué pour des raisons juridiques par les firmes pharmaceutiques, le triangle s'est banalisé. Il figure désormais sur un grand nombre de boîtes de médicaments, dont certains sont destinés aux nourrissons !
Paternalisme médical
Une étude, menée auprès de généralistes en France, a permis d'observer les critères de choix des prescriptions des médecins.
La nature de la pathologie arrive en tête (ce qui est rassurant), suivie de l'habitude de prescription et de la connaissance du produit.
En revanche, les critères liés à la profession du patient et au fait qu'il conduise ou pas ne sont que peu ou pas pris en compte par le médecin. Ainsi, bien qu'ayant conscience des risques liés à leur prescription, ils traitent trop souvent un pilote d'avion comme un retraité des PTT !
Le paternalisme hérité des bons docteurs du XIXème siècle amènent les médecins d'aujourd'hui à traiter parfois leurs patients comme de jeunes enfants et à ne pas tenir compte de leur activité.
Donc, si vous consultez et que vous roulez beaucoup, n'hésitez pas à parler à votre médecin : s'il n'y pense pas spontanément, il saura trouver une prescription compatible avec la conduite.
Automédication et automobile
Les travailleurs stressés (et il y en a de plus en plus) n'ont plus le droit de se laisser arrêter par un petit rhume. Et comme ils n'ont pas le temps d'aller consulter, 80% des Français modernes s'auto médicamentent.
Or, parmi les produits auto prescrits les plus courants, seuls le paracétamol et l'aspirine n'ont pas d'effet sédatif.
En revanche, les sirops pour la toux sont composés de codéine (bonne nuit) et certains titrent jusqu'à 14° d'alcool ! Pourtant, 10 millions de personnes en ont bu cet hiver, sans se douter qu'ils pouvaient être contrôlés positif à l'alcooltest.
Revoir le classement
Afin de palier les lacunes du système actuel et suite à de nombreuses études pharmacologiques, de nouvelles classifications des médicaments ont été proposées par différentes instances, dont l'Institut Belge de Sécurité Routière.
La plus pertinente, élaborée par le Centre d'Etudes et de Recherches en Médecine du Trafic, à la demande de la Prévention Routière, prévoit de segmenter les médicaments en 4 groupes :
Groupe 0 : médicaments sans effet sur la conduite.
Groupe 1 : médicaments nécessitant des conseils de prévention (pas d'alcool, pas de conduite de nuit, etc.)
Groupe 2 : médicaments compatibles avec la conduite des véhicules légers (voiture ou moto), sous réserve de conseils, mais interdisant la conduite des poids lourds et des autobus.
Groupe 3 : médicaments entraînant une inaptitude temporaire ou définitive à la conduite.
Diffusée aux médecins, aux pharmaciens et aux patients, cette classification permettrait à chacun d'agir en conséquence. Évidemment, la situation clinique du patient (pathologie chronique ou traitement ponctuel) doit
également intervenir dans la prescription.
Précaution d'emploi
Il est évident que dans ce domaine, on ne règlera pas le problème par un slogan du genre : « se soigner ou conduire, il faut choisir ».
En revanche, il est important que chacun ait en tête que le médicament n'est pas un produit banal : évitez donc l'automédication, les cocktails médicamenteux et la prise d'alcool.
Si vous devez conduire en prenant vos médicaments, lisez attentivement la notice et surtout, parlez en à votre médecin et à votre pharmacien. Ils sauront trouver une prescription adaptée à votre quotidien d'automobiliste.
Si, au cours de votre traitement, vous sentez au volant une grande fatigue, une sensation de malaise, de nausées ou un mal de tête, arrêtez vous immédiatement : la perte de contrôle n'est pas loin. Et dans ce cas-là, il se pourrait bien que vous n'ayez plus jamais besoin de médicament.












