Souriez, vous êtes flashés.
25 Avril 2005
Les radars automatiques.

Difficile de passer un dîner sans que quelqu’un n’évoque ses turpitudes avec les radars automatiques. Plus de 18 mois après que le premier eut été installé, le sujet reste chaud. Et pour cause, si ces fameuses boîtes grises ont sans aucun doute contribué à faire baisser le nombre de morts sur les routes, elles ont également délesté de plusieurs centaines d’euros et de quelques points un certain nombre d’entre nous.
Sans rentrer dans la polémique – tout ce qui va dans le sens de la sécurité routière est bon à prendre - Zérotracas.com vous explique l’impitoyable fonctionnement des radars.
![]() |
"La première conséquence des radars, c'est que les gens reprennent conscience des règles. Et je suis pour la tolérance zéro si les règles sont respectables, c'est à dire claires, sensées et définies. Pourtant, combien de stops mal placés, de bandes séparatives absurdes...et de limitations illisibles. Comment reconnaître une autoroute urbaine (110 km/h) d'une autoroute normale (130 km/h) ? Les panneaux de limitation peuvent être occultés, ne sont pas assez nombreux, et on peut se retrouver en infraction en étant de bonne foi. D'où un rejet de la loi en bloc et une incompréhension dangereuse entre les citoyens et la police. |
En France, la vitesse n’est limitée que depuis 1973, année du premier choc pétrolier. Il s’agissait à l’époque de consommer moins… et 15 à 20 000 personnes mouraient chaque année sur les routes. La vitesse fut logiquement mise en cause et les pouvoirs publics se penchèrent sur la sécurité routière. Les vitesses autorisées furent peu à peu réduites, mais seuls quelques rares radars mobiles constataient les infractions, dont beaucoup passaient à la trappe par le mécanisme des passe-droits et des petits arrangements.
Changement de cap avec la loi de juin 2002 sur la violence routière. En octobre 2003, l’état installe le premier radar automatique et met en place une procédure automatisée des sanctions. Aujourd’hui, près de 300 radars mesurent les excès de vitesse ; fin 2006, ils devraient y en avoir 1 000, dont 70 % fixes. Plus moyen de passer au travers et voilà pourquoi.
Comment ça marche ?
Vous roulez tranquillement, mais un peu au-delà de la vitesse autorisée ; la tolérance s’établit autour de 5 km/h en plus, mais si vous roulez à 96 km/h pour 90, vous serez noté à 91 km/h, ce sera faux, ça vous agacera, mais c’est comme ça. Bref, vous êtes sur la route et vous ne prêtez pas attention au panneau qui signale la présence de la boîte grise et… Flash ! Trop tard, vous êtes repéré. Un radar automatique a décelé votre excès de vitesse et déclenché l’appareil numérique intégré qui a immortalisé votre exploit. À partir de là, tout va aller très vite. La photo cryptée est télétransmise par une connexion sécurisée au centre de traitement de Lille, le CNR. Elle est décodée par l’ordinateur (lieu, date, heure, vitesse…) puis vérifiée par un opérateur avant d’être envoyée au fichier des immatriculations. Une fois le propriétaire de la voiture identifié, l’avis de contravention lui est envoyé par la poste, sous le contrôle d’un Officier de Police Judiciaire. C’est, avec l’opérateur, la seule intervention humaine de la chaîne automatisée… sans compter le facteur qui dépose l’amende dans votre boîte aux lettres. En théorie, le processus ne prend pas plus de 48 heures. Dans les faits, comptez plutôt un tout petit peu plus. Mais, même si on roule vite, on n’est jamais pressé de recevoir ce genre de lettre.
Bonjour facteur !
Vous recevez donc l’avis de contravention, et avez 7 jours pour payer l’amende forfaitaire minorée (notée entre parenthèse dans notre tableau) ; si vous traînez un mois, c’est la forfaitaire, et au-delà, la forfaitaire majorée, beaucoup plus chère. Et vous perdez automatiquement des points sur votre permis. Pour mémoire, on vous redonne le barème. Si l’excès est de :
Moins de 20 km/h (sur route)
68 € (45 €)
1 point
Moins de 20 km/h (en ville)
135 € (90 €)
1 point
Entre 20 et 30 km/h
135 € ( 90 €)
2 points
Entre 30 et 40 km/h
135 € (90 €)
3 points et 3 ans de suspension
Entre 40 et 50 km/h
135 € (90 €)
4 points et 3 ans de suspension
Supérieur à 50 km/h
1 500 €
6 points et 3 ans de suspension
Les 3 ans de suspension sont un maximum dont le juge jugera de l’opportunité. Toutefois, à partir de 40 km/h de trop, la suspension immédiate du permis est inévitable. Au-delà de 50 km/h, c’est le Procureur de la République qui s’occupera de votre cas ; vous serez contraint d'accomplir, à vos frais, un stage de sensibilisation à la sécurité routière et votre véhicule pourra être confisqué.
Si vous êtes récidiviste, on passe de la contravention au délit et là, les portes de la prison vous sont ouvertes. Ça ne rigole vraiment pas, donc prudence.
Trois solutions : payer, payer… ou dénoncer.
Même si l’histoire du tracteur flashé à 100 km/h a fait grand bruit, le système est maintenant parfaitement au point. Donc, si vous vous savez coupable, on vous conseille de payer rapidement (c’est moins cher) et en râlant si ça vous soulage. Toutefois, les erreurs existent. Vous avez donc le droit de contester la contravention en renvoyant le formulaire de requête joint à l’avis. Mais vous devrez prouver votre bonne foi et vous acquitter des 135 € qui vous seront rendus si vous obtenez gain de cause.
Si vraiment vous n’étiez pas ce jour-là sur cette route, il se peut que votre voiture ait été volée (ça c’est le cas facile), ou que la voiture flashée porte de fausses plaques, ou encore que son propriétaire ait usurpé votre identité pour établir une fausse carte grise. Ça arrive, et la justice sait en tenir compte.
Si vous avez prêté votre voiture à un ami qui roule trop vite, la contravention vous arrivera. Là, soit vous payez, soit vous dénoncez l’ami, qui devient alors un ex-ami.
Idem pour les voitures de sociétés ou de location ; leur propriétaire est tenu de dénoncer le contrevenant afin qu’il paye. On vous le dit, on n’y échappe pas.
Vraiment personne ?
Pour l’instant, les motards, qui ont pourtant la réputation de ne pas être très regardants avec les limitations, passent au travers du filet. Forcément, une voiture est flashée de face et une moto n’a pas de plaque à l’avant. Vous imaginez bien que ça ne va pas durer. Déjà les radars mobiles actionnés par les forces de l’ordre peuvent photographier l’arrière d’une moto, et certains nouveaux radars fixes sont équipés pour faire de même. Finie donc l’impunité des deux-roues, tout comme celle des conducteurs étrangers. La France a signé des accords avec certains de ses voisins et peut poursuivre un chauffard Allemand ou Belge repéré en France.
Rappelons encore qu’il est interdit d’installer un dispositif de repérage des radars ou de brouillage, ces derniers étant d’ailleurs inefficaces puisque les cabines envoient un double-flash. Dernière hypothèse, le vandalisme. Là, on change de registre : de 7 500 à 45 000 € d’amende et jusqu’à 3 ans de prison.
Pas d’autres choix donc que de respecter les limitations et de surveiller les panneaux placés 600 mètres avant les boîtes. Quant aux radars embarqués, en général dans des breaks banalisés, lorsque vous aurez repéré la petite fenêtre à côté de la plaque arrière, il sera trop tard.
Conclusion et idées fausses.
Notre rôle n’est pas de bénir les initiatives gouvernementales, mais il est faux de prétendre que les radars sont une pompe à fric pour les caisses de l’état. L’intégralité des « recettes » est investie dans la prévention…à commencer, il est vrai, par le financement de nouveaux radars. Mais le système est transparent puisque l’implantation des radars fixes est signalée par un panneau et qu’une carte régulièrement mise à jour est disponible.
Contrairement au système anglais par exemple, le nôtre, visé par la CNIL, ne photographie pas en continu. Seules les voitures fautives sont flashées et, si vous demandez la photo, vous constaterez que seul le visage du conducteur est visible. Celui des passagers est brouillé.
Enfin, précisons que ces radars sont installés sur des portions de routes particulièrement dangereuses et que leur effet s’est fait sentir.
La mortalité baisse et les forces de l’ordre peuvent être employées à des tâches qui nécessitent une intervention humaine. Alors bien sûr, si vous roulez « bourré » et sans ceinture, cela n’arrange pas vos affaires. Mais quelque part, on s’en réjouit.
CARTE DES RADARS VISIBLE SUR LE SITE DE LA SECURITE ROUTIERE











