Vite fait, mal fait

18 Octobre 2004

La vitesse sur la route



La vitesse est le premier facteur d’accident. C’est clair, net et précis. Elle réduit le champ de vision du conducteur, augmente la distance de freinage et diminue l’adhérence des pneumatiques. Dans 80% des accidents en ville, 60% sur route et 40% sur autoroute, les conducteurs  impliqués roulaient trop vite.

Avant qu’un agent ou un obstacle ne vous le fasse savoir plus durement, Zérotracas.com vous rappelle quelques règles et fait un point rapide sur la vitesse.


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" La tolérance zéro a eu deux effets positifs : les usagers ont pris conscience de la loi, et les pouvoirs publics se sont aperçus qu'elle était souvent inadaptée ! Des millions de gens ont été verbalisés sans comprendre pourquoi, tout simplement parce que, bien souvent, les règles ne sont pas respectables : panneaux invisibles, changements de limitations trop nombreux... Sans parler des stops mal placés et des signalisations au sol incohérentes.
Heureusement, le ministère semble disposé à réagir : on a même rehaussé de 50 à 70 km/h certaines zones "radarisées". Espérons que ça aille plus loin, car il en va de la crédibilité des règles. Car le vrai problème, c'est la vitesse inadaptée, à la situation comme à son état. Je pense qu'on gagnerait beaucoup en installant des panneaux lumineux qui donneraient la vitesse limite en fonction du trafic et des conditions météorologiques. D'une part on les verrait mieux, mais en plus, les conducteurs trouveraient une logique aux limitations... Et les respecteraient sans doute mieux."


Dans 80% des accidents en ville, 60% sur route et 40% sur autoroute, les conducteurs  impliqués roulaient trop vite. Parfois aggravée par d’autres infractions (alcoolémie, refus de priorité…), la vitesse est un fléau pour tous les usagers de la route. Elle est pourtant largement répandue puisqu’on estime que plus de la moitié (et 70 % des motards) des conducteurs dépassent régulièrement les limitations autorisées.

Dès 1899, une loi a imposé aux conducteurs de ne pas dépasser les 30 km/h sur route et 20 km/h en ville. Ces limitations furent abolies lors de la publication du premier code de la route en 1922 (chacun devait adapter sa vitesse aux circonstances), puis rétablies en 1954 pour faire face à l’explosion de l’automobile.
Depuis, la loi n’a cessé d’être modifiée et améliorée. Aujourd’hui, les articles R.413 et suivants régulent notre vitesse. Pour mémoire, un petit tableau pour les véhicules < 3,5 tonnes :

 

Temps
sec

Pluie

Pneus
neige

Apprentis

Route

90
km/h

80
km/h

90

km/h

80
km/h

2 voies

110
km/h

100 km/h

90
km/h

100
km/h

Autoroute

130
km/h

110 km/h

90
km/h

110
km/h

Ville

50
km/h

50

km/h

50
km/h

50
km/h


Par temps de brouillard = 50 km/h quelle soit la route.

NB : Lors de pics de pollution, la loi impose de respecter les limitations indiquées par les panneaux lumineux.
       La loi est également très stricte pour les poids lourds et les cars.

 
 3 façons d’aller trop vite
 
La généralisation des contrôles et le développement des radars automatiques a fait chuter la vitesse sur nos routes. Mais, si vous persistez à rouler trop vite et qu’un flash vous repère, c’est le dépassement de vitesse autorisée, sévèrement réprimé :  amende de 135 € et retrait de 1 à 4 points selon le dépassement, mais jusqu’à 1500 € d’amende et un retrait de permis pour les excès de vitesse supérieur à 40km/h.
 
Lors d’un accident, il est rare qu’un appareil de mesure ait détecté une infraction. Néanmoins l’enquête peut prouver par tous les moyens (étude de l’impact, traces de freinage, témoignages…) que l’un ou plusieurs des véhicules étaient en excès de vitesse. Si c’est le cas, le temps se gâte pour le responsable, particulièrement depuis la nouvelle loi sur la violence routière (voir l’article sur le sujet).
 
Dernière manière de se faire pincer : la vitesse inadaptée. Si, sur une route nationale, limitée à 90 km/h, vous ne ralentissez pas alors que vous dépassez un groupe de cyclistes ou croisez un troupeau de vaches, les forces de l’ordre peuvent estimer que vous n’avez pas su adapter votre vitesse. Et vous infliger une amende de 135 € !
Hé oui ! Il ne suffit pas de respecter les limitations, il faut aussi adapter son allure aux circonstances. Ce qui particulièrement délicat quand on passe de l’autoroute à la route.
 
 
 Une loi physique
 
Au volant comme ailleurs, on n’échappe pas aux lois de la physique, celles qui font, entre autres, qu’un objet tombe.
Tout le monde connaît la fameuse formule qui permet de calculer l’énergie cinétique : 1/2mv2 (la moitié de la masse multipliée par le carré de la vitesse). Cette énergie du mouvement croît donc de façon exponentielle avec la vitesse. Plus elle est élevée, plus la force contraire qu’il faudra développer pour la ramener à zéro (donc à l’arrêt) devra être importante.
Dans le meilleur des cas, cette force contraire sera produite et absorbée par les freins et les pneumatiques de votre voiture. Dans le pire, un obstacle ramènera l’énergie cinétique de votre auto à zéro en une fraction de seconde. Ce seront alors la carrosserie et les occupants du véhicule qui devront encaisser la décélération instantanée. Avec des conséquences proportionnelles à l’énergie (donc la vitesse) au moment de l’impact.
 
Le temps de s’arrêter
 
Ce petit développement de physique élémentaire met en exergue une donnée essentielle de la sécurité routière : la distance nécessaire pour arrêter son véhicule.
En ville, un obstacle peut surgir à tout moment et ne laisser que très peu de temps au conducteur pour réagir et s’arrêter. C’est pourquoi on doit rouler plus lentement en ville que sur route où la visibilité est, en général, meilleure.
 
Le temps d’arrêt varie évidemment selon le conducteur, sa concentration, l’état de ses freins, de ses pneus et celui de la route. Les chiffres qui suivent sont obtenus avec des données moyennes, mais ils donnent un ordre de grandeur.
La distance pour parvenir à l’arrêt se calcule en ajoutant la distance parcourue avant que le conducteur réagisse (1 seconde en moyenne) à celle nécessaire pour que le système freins-pneus (en bon état) stoppe la voiture. Vous allez voir, c’est édifiant.
 

 

Temps de réaction
(1“)

Freinage

(-7m/s/s)

Distance

d’arrêt

50 km/h

> route sèche

14 mètres

16 mètres

30 mètres

50 km/h

> route mouillée

14 mètres

28 mètres

42 mètres

90 km/h

> route sèche

25 mètres

52 mètres

77 mètres

90 km/h

> route mouillée

25 mètres

91 mètres

116 mètres

130 km/h

> route sèche

36 mètres

109 mètres

129 mètres

130km/h

> route mouillée

36 mètres

185 mètres

221 mètres

 
Profitons de cette pause pour rappeler que l’ABS, contrairement aux idées reçues, ne raccourcit pas la distance d’arrêt ; il ne fait qu’optimiser le freinage en évitant le blocage des roues, ce qui est déjà très utile.
 
Sur l’autoroute
 
Jusqu’en 1973 (premier choc pétrolier), la vitesse était libre sur autoroute. La décision de la limiter à 130 km/h déclencha un tollé. Pourtant, près de 20000 personnes mouraient sur les routes de France, malgré un trafic bien moindre qu’aujourd’hui.
 
Cette limitation, d’ailleurs à peu près acceptée 30 ans plus tard, s’appuie pourtant sur des données objectives. De fait, la plupart des véhicules et les infrastructures (glissières de sécurité, etc.) ne sont pas conçues pour résister à l’impact d’une masse roulant à plus de 130-140 km/h.
Autre donnée objective, 40% des accidents mortels sur autoroute n’implique qu’un seul véhicule, roulant en ligne droite sur sol sec. À cela, une explication très simple : l’adhérence des pneumatiques diminue elle aussi avec le carré de la vitesse. 
 
 
Conclusion : la virilité mal placée
 
Longtemps, la vitesse a été magnifiée :   rouler vite était synonyme de puissance. La réalité de la route a mis a mal ce comportement dangereux, même si notre société persiste à considérer la vitesse comme une condition du succès, plutôt que de faire l’éloge de la lenteur. Mais revenons au sujet qui nous concerne et précisons tout de même que la vitesse sur la route doit être adaptée, donc pas trop faible. Rouler à 70 km/h sur autoroute est dangereux et interdit.
 
Mais pour donner à réfléchir aux fans de vitesse un dernier chiffre : un piéton heurté par une voiture roulant à 40 km/h a statistiquement une “chance“ sur 3 d’être tué. À 80 km/h, il n’a aucune chance d’en réchapper. Bonne route.
 
PS : nous n’avons pas insisté sur le champ de vision que la vitesse diminue, mais nous y reviendrons très prochainement dans notre article sur la vue au volant.